Vladimir Ilitch
Oulianov (Влади́мир
Ильи́ч
Улья́нов), dit Lénine
(Ле́нин « l'homme de
la Léna »)(1870
- 1924) est un révolutionnaire
et homme politique russe,
fondateur du POSDR
(section russe de la Deuxième
Internationale), fondateur et dirigeant du parti bolchevik,
âme de la Révolution
d'Octobre et fondateur de l'URSS.
Jeunesse
Né en Russie
à Simbirsk
le 22
avril 1870,
Lénine est le fils de Ilya Nikolaevitch Oulianov (1831
- 1886),
un fonctionnaire russe qui œuvre à l’instauration
de plus de démocratie
et d’une éducation gratuite pour tous en Russie et de sa
femme Maria Alexandrovna Blank (1835
- 1916).
Comme beaucoup de Russes, ses origines ethniques et religieuses sont
métissées.
Il est d’origine kalmouk
par ses grands-parents paternels, allemande
par sa grand-mère maternelle, qui était de confession Luthérienne,
et d’ascendance juive
par son grand-père maternel (converti chrétien). Vladimir
Oulianov (Lénine) lui-même est baptisé dans l’Église
russe orthodoxe.
Vladimir se
distingue dans l’étude du latin et du grec. Deux tragédies
surviennent tôt dans sa vie : en 1886, son père meurt
d’une hémorragie cérébrale. L’année suivante, en mai
1887, son frère aîné Alexandre Oulianov est pendu pour
avoir participé à un complot menaçant la vie du Tsar
Alexandre III. Cet événement radicalise Vladimir (ses biographies
soviétiques le considèrent comme déterminant pour ses
exploits révolutionnaires) ; il est arrêté plus tard
cette même année et exclu de l’université de Kazan
pour sa participation à des manifestations étudiantes. Il
continue à étudier de manière autonome et obtient en
1891 une licence l'autorisant à pratiquer le droit.
Révolutionnaire
Plutôt que de
s’installer dans une carrière légale, il s’implique
de plus en plus dans la propagande
révolutionnaire et l’étude du marxisme,
la plupart du temps à Saint-Pétersbourg.
Il s'intéresse au terroriste Serge_Netchaïev
dont il conservera l'idée d'une organisation structurée, et le
principe selon lequel la fin justifie les moyens. Le 7 décembre
1895, il est arrêté et incarcéré pendant un an par les
autorités avant d’être exilé dans le village de
Shushenskoye en Sibérie.
En juillet 1898, il
épouse Nadezhda Krupskaya, une activiste socialiste.
En avril 1899, il publie le livre Le Développement du
capitalisme en Russie. En 1900, son exil prend fin. Il voyage en
Russie et en Europe, et publie le journal Iskra
(L'Etincelle), ainsi que d’autres tracts et livres relatifs au
mouvement révolutionnaire. Il participe activement au Parti
ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) et, en 1903, prend
la tête de la faction bolchevique suite à une rupture
avec les mencheviks partiellement inspirée par son pamphlet Que
faire ? En 1906, il est élu au directoire du parti. En
1907, il déménage en Finlande
pour des raisons de sécurité. Il fonde le journal Pravda
(La Vérité). Contre le révisionnisme des sociaux-démocrates
allemands, il rédige son ouvrage Matérialisme et
Empiriocriticisme en 1909. Il continue de voyager en Europe et
participe à de nombreux rassemblements et activités
socialistes, notamment la conférence
de Zimmerwald de 1915. Quand Elizabeth
Armand (dite Inessa ou Inès) quitte la Russie pour
s’installer à Paris en 1910, elle rencontre Lénine et
d’autres bolcheviques en exil et devient à la fois son
émissaire et son égérie.
Il voit dans la Première
Guerre mondiale une lutte entre impérialismes rivaux pour le
partage du monde (L'Impérialisme, stade suprême du
capitalisme, 1917) et veut faire de la guerre entre nations une
guerre entre classes.
Le 16 avril 1917,
il rentre de Suisse
à Petrograd
suite à la chute du Tsar
Nicolas II. On a largement suggéré la participation de
l’Empire allemand dans ce retour ; des témoins ont
affirmé l'existence d'un train secret escorté par les allemands.
Cette manœuvre aurait eu pour but d'accroître le chaos en
Russie pour accélérer la fin à la guerre sur le front est ;
on prête au Kaiser
Wilhelm II lui-même une participation dans cette affaire.
Cette thèse, dérangeante pour les soviétiques, est contestée.
En effet, les liens étroits entre les bolcheviks et les spartakistes
allemands sont avérés : or, mettre le pied à l'étrier
de Lénine, c'était prendre le risque qu'il soutienne les
spartakistes et un soulèvement en Allemagne.
Quoi qu'il en soit,
le 4 avril, Lénine fait une conférence durant laquelle il présente
ses "Thèses d'avril" et prend la tête du
mouvement bolchevique en publiant les Thèses
d'Avril dans la Pravda : paix immédiate,
pouvoir aux soviets, usines aux ouvriers et terres aux paysans. Après
la répression des émeutes bolcheviques en juillet, Lénine fuit en
Finlande. Il revient en octobre, inspirant une révolution armée
contre le gouvernement provisoire au slogan de « le
pouvoir aux Soviets ! » Ses idées concernant le
gouvernement sont exprimées dans son essai État et révolution
(août-sept. 1917) qui appelle une nouvelle forme de
gouvernement basé sur les conseils ouvriers ou soviets.
À la tête
de l’État soviétique
Le 8 novembre, Lénine
est nommé président du Conseil des Commissaires du Peuple par le Congrès
des soviets russes. Sous son impulsion, les soviets
nationalisent la grande propriété foncière (19 février
1918), les industries (30 juin 1918), et déclarent assurer la
dictature du prolétariat. La guerre
civile russe prend de l'ampleur.
Face à la
menace d’une invasion allemande, mais connaissant aussi la
situation grave des empires centraux et les perspectives révolutionnaires
ainsi ouvertes, et confrontés aux oppositions au sein même de
la Russie, les chefs révolutionnaires s'interrogent.
La majorité des
chefs bolcheviques, tels que Boukharine,
soutiennent la poursuite de la guerre comme moyen de provoquer la révolution
en Allemagne. Lénine défend l'option d'un armistice ou d'un traité
de paix, coûte que coûte, afin de consolider le régime.
Léon
Trotski, qui mène les négociations, recommande quant
à lui une position intermédiaire, préconisant un traité de
paix uniquement à condition qu’aucun gain territorial
ne soit concédé de part et d’autre.
Quand les négociations
échouent, l’Allemagne lance à partir du 18 février
1918 une invasion au cours de laquelle la Russie perd une large part
de son territoire occidental. En conséquence, la position de Lénine
rassemble les suffrages de la majorité des chefs bolcheviques et la
Russie finit par signer le Traité
de Brest-Litovsk (3 mars 1918) qui lui est nettement défavorable.
Lénine transfère la capitale à Moscou
(12 mars)[1]
et inaugure la politique dite du communisme de guerre, dans
le cadre de la guerre civile.
En acceptant que
les soviets soient la seule forme légitime de gouvernement ouvrier,
Lénine conclut l’Assemblée constituante russe. Les
bolcheviques perdent les élections qui s’y tiennent et qui
sont remportées par le Parti
socialiste-révolutionnaire (PSR). Celui-ci s'est scindé en
septembre 1917 en faction gauche (pro soviet - Parti
socialiste-révolutionnaire de gauche) et droite (anti-soviet).
Les bolcheviks ont alors le soutien d’une majorité du Congrès
des soviets et forment un gouvernement de coalition avec les
Socialistes-révolutionnaires de gauche. Cependant, cette coalition
s’effondre après que les Socialistes révolutionnaires
(SR) de gauche se sont opposés aux conditions du traité de
Brest-Litovsk. Ils se joignent alors à d’autres partis
afin de renverser le gouvernement des soviets. Du coup, Lénine fait
interdire les Socialistes révolutionnaires (y compris les
« SR
de gauche »).
En juillet 1918, il
fait approuver par le Ve congrès des soviets la
première Constitution de la République fédérative des
soviets de Russie. Cependant il doit faire face à ce qu'il
appelle la « contre-révolution », dont la
plus dangereuse est soutenue par l'étranger (1918-1921). En juillet,
la situation reste très confuse. Le Tsar est exécuté avec
sa famille et ses proches (toute la famille du tsar ; sa
fille Anastasia,
malgré toutes les histoires qui tournent autour de sa survie, est
elle aussi exécutée).
Le 20 août
1918, Fanny
Kaplan, membre du Parti
socialiste-révolutionnaire, approche Lénine alors que celui-ci
regagne sa voiture à l’issue d’un meeting. Elle
l’appelle, il se retourne, elle lui tire dessus trois fois.
Deux balles l’atteignent : l’une à l’épaule,
l’autre au poumon. Lénine est emmené à son
appartement privé au Kremlin
et refuse de s’aventurer à l’hôpital, craignant
que d’autres assassins ne l’y attendent. Les médecins
jugent trop dangereux d’extraire les balles. Lénine survit et
reprend son activité, mais sa santé s'en ressentira.
En mars 1919, Lénine
et d’autres leaders bolcheviques se joignent à des
socialistes révolutionnaires du monde entier et forment la IIIe
Internationale
communiste. C'est l'époque de la sécession d’avec le
mouvement socialiste.
À compter de ce moment, les membres de l’Internationale
communiste, y compris Lénine et les bolcheviks eux-mêmes,
seront connus comme les communistes.
En Russie, le parti bolchevique est rebaptisé Parti communiste
russe (bolchevik) qui devient finalement le PCUS
en 1922. C'est le seul parti autorisé, les autres sont interdits et
leurs membres poursuivis.
Dans le même
temps, de 1918 à 1921, la guerre
civile russe et le communisme de guerre continuent
à faire rage dans toute la Russie. Des mouvements politiques
très divers et leurs militants prennent les armes pour
soutenir ou renverser le gouvernement soviétique. Le communisme de
guerre est impitoyable, comme la guerre qui lui a donné naissance (et
qu'il a nourrie à son tour, par ses atrocités). Lénine
commence à « réquisitionner » des
approvisionnements des paysans, quasiment sans dédommagement. Cette
spoliation amène les paysans à réduire drastiquement
leur production et à soutenir les ennemis des « rouges ».
Lénine ordonne la saisie complète de toute nourriture,
jusqu'aux graines nécessaires aux semailles des paysans qui résistent ;
prises d'otages, exécutions sommaires et expéditions punitives de
la Tchéka
et de l’armée rouge sont destinés à mettre au pas la
population rurale. Lénine reprend le système russe de la déportation,
dont il fait la base du goulag,
et 100 000 à 500 000 exécutions sommaires d’« ennemis
de classe » ont lieu alors qu’il est au pouvoir.
Bien que de
nombreuses factions différentes soient impliquées dans cette
guerre civile, les deux principaux groupes en présence sont
l’Armée
rouge (communiste) et les Blancs (tsaristes). Les puissances étrangères
telles que la France,
le Royaume-Uni,
les États-Unis
et le Japon
interviennent également dans ce conflit (aux côtés des blancs).
Finalement, l’Armée rouge prend l'avantage en 1919,
écrasant ses concurrents (comme les anarchistes
ukrainiens) et réduisant les forces des russes blancs et de
leurs alliés à quelques poches de résistance (qui toutefois
perdurèrent durant plusieurs années, notamment dans l'extrême
orient russe).
À la fin de
l’année 1919,
les succès remportés en Russie et le soulèvement de
la ligue spartakiste
en Allemagne créent aux yeux de Lénine l’occasion idéale de
« sonder l’Europe avec les baïonnettes de
l’Armée rouge » pour étendre la révolution vers
l’ouest, par la force. Au même moment et pour contenir
les communistes, les pays occidentaux – convaincus que les
forces blanches ne l'emporteront pas – soutiennent la volonté
de la seconde
république polonaise, récemment indépendante,
de reprendre ses territoires orientaux, annexés par la Russie
à l’occasion de la partition
de la Pologne à la fin du XVIIIe siècle.
La guerre
polono-soviétique débute mal pour les polonais qui,
sous-estimant l'armée rouge, se font d'abord étriller et repousser
jusqu'à Varsovie. Lénine voyait la Pologne comme le pont que
l’Armée rouge devrait traverser afin d’établir le lien
entre la Révolution russe et les partisans communistes d’Europe
occidentale. Malheureusement pour lui, d'autres partageaient cette
vision, et en conséquence étaient décidés à lui barrer la
route : la France (avec l'accord général) envoie une
« modeste » « Mission militaire
française » (des « instructeurs »,
des avions avec leurs pilotes, etc.) qui renverse la situation,
permettant aux polonais de remplir leurs objectifs. Lénine comprend
la leçon et renonce (au moins temporairement) à l'exportation
de la révolution par des moyens militaires.
La Russie paie le
tribut de ces longues années de guerre et une grande partie du pays
est en ruine. Maintenant que son pouvoir est bien établi, Lénine, pragmatique,
n'hésite pas à sacrifier le dogme marxiste : pour
reconstruire le pays, il ne compte pas sur la poursuite du communisme
de guerre utilisé pendant la guerre civile, mais sur le
capitalisme. En mars 1921
naît la Nouvelle
politique économique (NEP), qui se caractérise par un retour
limité du capitalisme privé. Mais il ne lâche pas les rênes
du pouvoir politique : par exemple la Révolte
de Kronstadt, un soulèvement de marins, est réprimée
par les armes.
En 1922, il
transforme l'ancien Empire russe en Union des Républiques
Socialistes Soviétiques. Mais sa santé déclinante réduit
progressivement son activité.
A la fin de sa vie,
il s'inquiétait énormément sur la capacité d'un parti qu'il dénonce
comme bureaucratisé de garder à l'esprit les besoins des
travailleurs au niveau international. Son dernier acte politique est
de critiquer fortement la brutalité de Staline.
La fin
La santé de Lénine
est déjà sérieusement menacée par les contraintes de la révolution
et de la guerre. La tentative d’assassinat de 1918 vient
s’ajouter à ses problèmes de santé. La balle
est toujours logée dans son cou, trop proche de la colonne
vertébrale pour qu’on puisse tenter une opération avec
les techniques médicales de l’époque. Lénine connaît sa
première attaque
en mai 1922.
Elle le laisse partiellement paralysé (de son côté droit) et son
rôle dans le gouvernement diminue. Suite à une deuxième
attaque, en décembre de la même année, il doit se résigner
à abandonner toute activité politique. En mars 1923, la
troisième attaque le cloue au lit et le prive de la parole.
Lénine meurt le 21
janvier 1924.
La plupart des
historiens s’accordent pour considérer que la cause de mort
la plus probable est l’attaque provoquée par la balle logée
dans sa nuque suite à la tentative d’assassinat. La
cause officielle de sa mort est une artériosclérose
ou une quatrième attaque mais, des 27 médecins qui
interviennent pour le soigner, huit seulement souscrivent à
cette conclusion sur le rapport d’autopsie.
Cela laisse de la place pour des doutes et des théories
alternatives.
Peu après sa
mort, des indications concernant une syphilis
apparaissent. Cela n'aurait rien de très extraordinaire, car
une large partie de la Russie à cette époque était atteinte
par cette maladie. Le corps de Lénine ne montre aucune lésion
visible typique des dernières phases de la maladie. Cependant,
des documents rendus publics suite à la chute de
l’URSS, ainsi que les mémoires des médecins de Lénine, suggèrent
qu’il a été traité pour la syphilis dès 1895.
En 1923, les médecins de Lénine lui prescrivent du Salvarsan, le
seul médicament disponible à l’époque pour traiter la
syphilis, ainsi que de l’iode de potassium, qui était également
d’usage fréquent pour le traitement de cette affection. Les
documents suggèrent en outre qu’on a donné l’ordre
à Alexi Abrikosov, le pathologiste chargé de
l’autopsie, de prouver que Lénine n’était pas mort de
syphilis. Abrikosov ne mentionne pas la syphilis dans
l’autopsie, mais le second rapport d'autopsie ne parle d'aucun
des organes, des principales artères ou des régions du
cerveau habituellement affectés par la syphilis, alors que les lésions
aux vaisseaux du cerveau, la paralysie et certaines autres
affections qu’il mentionne sont typiques de cette maladie.
Enfin, un diagnostic posthume par deux psychiatres et un neurologue
publié dans le European Journal of Neurology affirme démontrer
que Lénine est décédé des suites de la syphilis.
Postérité
La ville de
Petrograd est renommée « Leningrad » en son
honneur et conserve ce nom jusqu’à la chute de
l’Union soviétique en 1991, date à laquelle elle
retrouve son nom d’origine, Saint Pétersbourg.
Suite à sa
première attaque, Lénine avait publié plusieurs documents
indiquant les recommandations futures pour le gouvernement. Le plus
célèbre est le Testament de Lénine, qui entre autres choses
critiquait les communistes les plus en vue tels que Léon
Trotski et Joseph
Staline.
De ce dernier, qui
est alors secrétaire général du parti communiste depuis avril 1922,
Lénine dit qu’il a « un pouvoir illimité concentré
dans ses mains » et suggère que « les
camarades envisagent une façon de le démettre de ce poste ».
La femme de Lénine découvre le document dans l’étude de
celui-ci et le lit au comité central qui tout en y accordant
partiellement crédit ne le prend pas à cœur et par conséquent
ces critiques virulentes du parti ne sont pas rendues publiques.
Au début des années
1920,
le mouvement russe de cosmisme
est relativement populaire et il est prévu de conserver le corps de
Lénine de manière cryogénique
afin de pouvoir lui redonner vie dans le futur. L’équipement
nécessaire est acheté à l’étranger mais pour
diverses raisons, le projet n’est pas mené à bien.
À la place, le corps est embaumé
et exposé publiquement dans un mausolée
sur la place rouge à Moscou.
Malgré la volonté
exprimée par Lénine peu avant sa mort qu’aucun mémorial
ne soit érigé pour lui, divers politiciens cherchent à améliorer
leur image en l’associant à celle de Lénine après
sa mort. Il est alors élevé à un statut quasi mythique
et les statues, monuments et mémoriaux à son honneur
fleurissent.
Après la
mort de Lénine, la compétition fait rage pour recueillir la légitimité
que son nom apporte. Le vocable marxisme-léninisme
et celui de léninisme
apparaissent, le premier constituant la doctrine officielle de
l'URSS (jusqu'à la fin) et des principaux partis communistes
dans le monde (mais beaucoup moins aujourd'hui).