Alberto Kenyo
Fujimori Fujimori (28
juillet 1938
à Lima,
Pérou
- ) est un homme
politique péruvien. Il fut président du Pérou
du 18
juillet 1990
au 17
novembre 2000,
lorsqu'il s'exila au Japon.
Il envoya sa démission par fax,
mais le Congrès péruvien la refusa et le démit. Il vivait
jusqu'à récemment au Japon, nation qui le protégeait car il
est fils de deux citoyens japonais nés au Japon, mais il vient d'être
récemment arrêté au Chili.
Début de carrière
Fujimori est né
à Lima de parents japonais, Naoichi Fujimori et Mutsue
Fujimori, qui étaient natifs de Kumamoto
et qui avaient émigré au Pérou en 1934. La naissance fut déclarée
au consulat japonais pour que le bébé conserve la citoyenneté
japonaise.
Ingénieur
agricole
par ses études, il a été ensuite recteur de l'université La
Molina National et fut deux fois président de la Commission
nationale des recteurs d'universités péruviennes (Asamblea
Nacional de Rectores).
Fujimori remporte
de manière inattendue l'élection présidentielle de 1990
avec son nouveau parti Cambio
90, et devance l'écrivain célèbre Mario
Vargas Llosa. Fujimori a profité de plusieurs éléments
politiques locaux:
-
du désenchantement
de la population suite à la présidence d'Alan
García et du parti APRA,
-
du rejet de la
campagne de Vargas Llosa annonçant des réformes économiques néo-libérales
nécessaires selon lui d'après le contexte d'alors.
Enfin, pour
certains commentateurs politiques, l'ascendance japonaise de
Fujimori a pu lui rallier le vote populaire, une bonne partie des Péruviens
étant d'ascendance amérindienne, le distinguant ainsi du reste du
personnel politique, souvent d'ascendance plus particulièrement
espagnole. Il a été surnommé El Chino (le « Chinois »).
Premier mandat présidentiel
Fujimori,
rapidement rebaptisé « Fujishock », se lance
dans une politique économique qui n'avait plus rien à voir
avec le slogan de son programme électoral et populiste (« Travail,
technologie, honnêteté »). Sous la tutelle du FMI,
il s'engage dans de grandes réformes de l'économie péruvienne,
plus drastique encore que ce que Vargas Llosa avait prévu.
Fujimori privatisa
des centaines d'entreprises publiques, souvent de façon imparfaite
et rapide. Sur les 9 milliards de dollars
US qu'auraient rapporté ces ventes, la plus grand part a
disparu dans les réseaux de récompenses et de grâces de Fujimori
au profit de ses alliés. Si cette politique permit au Pérou de
connaître la stabilité économique et une forte croissance au
milieu des années 1990 (+12 % du PIB
en 1994), elle eut un fort coût social : une rapide paupérisation
qui entraîna une récession.
Coup d'état
Le 5
avril 1992,
Fujimori renversa son propre gouvernement (en espagnol: autogolpe
ou auto-coup d'État). Il semble que ses objectifs ont été :
-
la dissolution
du parlement et l'instauration d'un Congrès obéissant (Congresso
Constituyente Democrático) pour amender la constitution et
permettre sa réélection ;
-
l'exercice du pouvoir
judiciaire et la réduction des droits constitutionnels par
la proclamation de l'état d'urgence et l'instauration de
couvre-feu ;
-
l'élimination
des rebelles en utilisant des « lois d'extrême-urgence »
(dont ont fait partie les escadrons
de la mort).
Au début du coup,
avec la dissolution du Congrès et la restructuration du système
judiciaire, les Péruviens ont peu protesté. En raison de la
situation économique et de la pauvreté, beaucoup tablaient sur le
« Fujishock » dont les effets étaient alors
encore positifs.
La réaction
internationale fut négative. Les organisations financières
internationales reportèrent leurs prêts. Les États-Unis,
l'Allemagne
et l'Espagne
annulèrent toute aide au Pérou, sauf humanitaire. Le Venezuela
rompit ses relations diplomatiques. L'Argentine
et le Chili
réclamèrent que le Pérou soit suspendu de l'Organisation
des États Américains (OEA). Le coup d'État, par ses conséquences
diplomatiques, mit en danger les réformes économiques en coupant
le Pérou d'une partie de ses partenaires commerciaux.
Cependant, le
gouvernement de George
Bush reconnut officiellement Fujimori comme chef légitime du Pérou.
Les États-Unis et l'OEA acceptèrent le coup malgré le
non-respect des règles démocratiques. Leur crainte était de
voir le Pérou s'affaiblir, alors que les États-Unis venaient en
1991 de signer un accord de coopération militaire avec le Pérou
pour lutter contre les producteurs de coca.
De plus, le gouvernement états-unien commençait à s'inquiéter
du mouvement du Sentier
lumineux de Sendero, une guérilla rurale qui se révèla
moins dangereuse que les craintes officielles de Washington.
Le 13 novembre
1992, un coup d'État du général Salinas échoua à
renverser Fujimori, qui se réfugia temporairement dans l'ambassade
japonaise.
Un deuxième
opposant apparut en la personne de la femme de Fujimori après
leur divorce en 1994. Susana Higuchi fut formellement démise de son
titre de première dame, qui fut remis à leur fille aînée.
Dès lors, Higuchi dénonça son ancien époux comme un tyran,
maître d'un gouvernement corrompu.
Deuxième
mandat
En avril 1995, au
moment de sa plus forte popularité, Fujimori est réélu et son
parti obtient la majorité absolue au Congrès. Il battit Javier
Pérez de Cuéllar, ancien secrétaire général des Nations
unies.
Il signa un accord
de paix avec l'Équateur,
mettant fin à plus d'un siècle de conflits
territoriaux en Amazonie.
Cet accord permit également d'obtenir des fonds internationaux pour
développer la région frontalière.
Fujimori avança également
dans les discussions avec le Chili
au sujet du Traité d'Ancón.
Cependant, 1995
marqua le point de retournement dans la carrière de Fujimori.
Après plusieurs années de stabilité économique et une
disparition du terrorisme,
les Péruviens commençaient à réclamer des droits, la
liberté de presse et le retour à la démocratie.
À cela s'ajoutaient les scandales autour de Fujimori et du
chef des services
de renseignement, Vladimiro
Montesinos.
Les élections de
2000
Malgré l'interdiction
constitutionnelle de briguer un troisième mandat présidentiel,
Fujimori se porta candidat pour les élections
de 2000.
Il fut déclaré
vainqueur de l'élection du 28 mai, au milieu d'accusations d'irrégularités
faites par ses opposants. Le leader de l'opposition, Alejandro
Toledo, fit campagne pour l'annulation de cette élection. Dans
ce contexte, remonta le scandale de corruption autour de Vladimiro
Montesinos : une vidéo fut diffusée de Montesinos corrompant
un député d'opposition. Fujimori fuit le pays en novembre 2000
pour le Japon.
Le 17
novembre, le Congrès péruvien vote sa destitution, car
il n'est pas digne de la présidence.
Après un intérim
assuré par Valentin
Paniagua, Toledo est élu le 28
mai 2001
et installé président le 28
juillet.
En voyage au Chili,
Alberto Fujimori est mis en état d'arrestation le 7 novembre 2005.
Une demande d'extradition a été faite par le gouvernement péruvien.
La justice péruvienne a rejeté sa candidature aux élections
présidentielles du 9
avril 2006.
Bilan de la lutte
contre la guérilla
Beaucoup de Péruviens
créditent Fujimori d'avoir mis fin à la rébellion d'une
quinzaine d'années qu'avait amorcé et dirigé le groupe du Sentier
lumineux (Sendero Luminoso), et d'avoir arrêté son
chef, Abimaël
Guzmán. Pour permettre cela, Fujimori a accordé à l'état-major
militaire le pouvoir d'arrêter les personnes suspectés de terrorisme
et de les juger en secret par des tribunaux militaires. Dans le même
temps, Fujimori encourageait les habitants à former des
patrouilles de campagne (rondas campesinas) pour veiller
à la sécurité des zones rurales.
Fujimori est accusé
d'avoir entraîné l'arrestation de milliers de Péruviens innocents,
d'avoir miné les droits et libertés individuels au profit de l'armée,
sans compter les ruraux qui ont pu se trouver pris au milieu des opérations
de l'armée et du Sentier lumineux. Néanmoins, dès 1992, les
activités de la guérilla
diminuèrent, et Fujimori se posa en vainqueur.
Le rapport final de
la commission « Vérité et Réconciliation »
du gouvernement péruvien, publié le 28 août 2003, soutient
toujours la thèse de Fujumori voulant que la majorité des
atrocités commises entre 1980 et 1995 sont bien le fait du Sentier
lumineux (ce qui est évidemment contesté par celui-ci), toutefois,
ce rapport affirme également que les forces armées péruviennes
sont coupables de la destruction de villages et de meurtres de
paysans suspectés d'aider les rebelles, comme le massacre de 47
habitants, enfants compris, de Cayara (département d'Ayacucho)
en 1988, dont les officiers responsables furent condamnés à
des peines de prison de trois mois à un an.
Les révélations
en 2002 sur le dénouement de la prise d'otages de la résidence de
l'ambassadeur du Japon à Lima parlent également contre le
comportement de l'armée. Du 17
décembre 1996
au 22
avril 1997,
les rebelles du Mouvement
révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) prennent en otage 800
personnes (diplomates, hauts-fonctionnaires et dignitaires du régime)
dans la résidence de l'ambassadeur japonais. Malgré la libération
de 72 otages, le gouvernement Fujimori a refusé en échange de délivrer
des prisonniers membres du MRTA. L'armée prend la résidence d'assaut
le 22 avril : deux soldats tués, un otage (le juge de la Cour
suprême Carlos Ernesto Giusti), ainsi que les 14 preneurs d'otages.
En 2002, il est révélé d'après l'enquête
scientifique et les témoignages qu'un seul rebelle est mort ;
les treize autres se sont rendus et ont été sommairement exécutés
sur ordre de Montesinos.
Quelque temps avant
sa fuite au Japon, Fujimori a amnistié tous les membres de l'armée
et de la police péruvienne accusés ou coupables d'abus contre les
droits de l'homme entre 1980 et 1995.
En exil
Alberto Fujimori,
n'ayant pas abandonné sa nationalité japonaise lors de la réforme
de la loi sur la citoyenneté de 1985, demeure au Japon.
Le 5
septembre 2001,
deux mois avant l'exil, le ministre de la justice péruvien met en
accusation le président Fujimori pour homicide.
En mars 2003,
à la demande du gouvernement péruvien, Interpol
émet un mandat d'arrêt international contre Fujimori pour
meurtre, kidnapping et crime
contre l'humanité.
En septembre 2003,
le gouvernement de Alejandro
Toledo fait une demande d'extradition de l'ancien président aux
autorités japonaises. Cependant, le Japon et le Pérou n'ont pas
conclu de traité d'extradition. Le gouvernement péruvien prévoit
de présenter par leur ministre de la justice les dossiers d'inculpation
au gouvernement japonais, et leur rappeler que Fujimori a la double
nationalité.
Il a été arrêté
le 7
novembre 2005
quelques heures après être arrivé à Santiago
du Chili.
Le 6
janvier 2006,
il annonce officiellement sa candidature à l'élection
présidentielle d'avril 2006.
Il a été arrêté
à son arrivée à Santiago,
il y a deux mois, où il a expliqué qu'il voulait regagner le
Pérou
et se porter candidat à la présidence bien que toute
fonction publique lui soit interdite dans ce pays jusqu'en 2011.
Le Conseil électoral péruvien
n'interdit qu'aux délinquants condamnés de se porter candidats
à la présidence, mais de nombreux observateurs s'attendent
à ce que la candidature de Fujimori soit rejetée.
Les charges
-
Crimes contre
l'humanité par la stérilisation forcée de Péruviennes. Cette
accusation a été présentée en septembre 2003 par la députée
Dora
Núñez Dávila . D'après elle, le président
et plusieurs ministres avaient fixé un programme de stérilisation
et imposé des quotas mensuels aux personnels de santé.
-
Le Congrès
l'accuse également d'avoir aidé au parachutage de 10 000
fusils Kalachnikov
dans la jungle colombienne
en 1999 et 2 000 pour les FARC
(Forces armées révolutionnaires colombiennes). Fujimori accuse
Montesinos. Néanmoins, le vote du Congrès dans cette
affaire retire formellement l'immunité présidentielle de
Fujimori.
Alberto Fujimori a
plusieurs fois déclaré que ces accusations et ces procédures sont
politiques et ne sont pas fondées. Il a créé, depuis le Japon, un
nouveau parti, Sí Cumple, pour participer à l'élection
présidentielle de 2006. La commission nationale électorale a
rappelé en septembre 2003 que Fujimori ne pouvait se présenter
jusqu'en 2011 : le Congrès l'ayant accusé d'avoir
abandonné son poste en fuyant le pays.
Fujimori reste une
personnalité controversée au Pérou. Ses partisans rappellent qu'il
a apporté la stabilité après les années tumultueuses de
García. Mais, la majorité des Péruviens retiennent l'image d'un
gouvernement corrompu, notamment grâce aux révélations liées
à Vladimiro
Montesinos inculpé de crimes allant du détournement au trafic
de drogue et au meurtre. Son procès a commencé à
Lima.