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La dictature de Franco
Durant la Seconde
Guerre mondiale, l'Espagne
reste officiellement neutre mais soutient l'Allemagne
au début de la guerre: en juin 1941,
Franco envoie une division sur le front de l'Est contre l'Union
Soviétique (cette unité appelée la "Division Azul",
ou Division
Bleue, qui combat sur le front de Léningrad) ;
en août de la même année, il autorise le régime nazi
à recruter 100 000 ouvriers espagnols « volontaires »
pour aller travailler en Allemagne ; les navires de guerre allemands
peuvent se ravitailler et être réparés dans les ports espagnols ;
les services secrets espagnols et allemands collaborent pour recueillir
des renseignements sur les Alliés ;
l'Espagne fournit le tungstène
indispensable à l'industrie d'armement allemande.
Mais l'Espagne ne s'engagea
pas finalement militairement aux côtés de l'Allemagne en octobre 1940
comme le souhaitait Ramon
Serrano Suner, ministre des affaires étrangères jusqu'en 1942
et beau-frère de Franco. Cette non intervention est due, comme le
souligne Joseph
Pérez, aux exigences trop élevées et irréalistes de Franco, comme
la prise de possession des colonies françaises du bassin méditerranéen.
Ces exigences irréalistes étaient elles-voulues ? Pour Joseph Pérez,
elles ne résultent pas d'un quelconque calcul : la volonté de
Franco de s'impliquer est réelle. Pour Bartolomé Bennassar, Franco
gagnait du temps et laissait se faire les luttes d'influence au sein de
son gouvernement. Il n'avait pas non plus les moyens d'engager l'armée au
côté de l'Allemagne alors que le pays était en pleine répression.
A son retour d'Hendaye
où il a rencontré Franco, Hitler exprime son mépris pour le
personnage (qui l'a fait attendre d'ailleurs en gare). De plus, Hitler ne
voulait pas mécontenter le Maréchal Pétain,
dirigeant d'un pays aux richesses abondantes, pour obtenir le maigre appui
d'une Espagne exsangue. Si Franco semble avoir été aussi sensible
à la théorie du « complot judéo-maçonnique »,
de nombreux juifs passeront cependant la frontière pyrénéenne
pour se réfugier en Espagne, avant, pour certains, de gagner d'autres
pays. Ainsi Franco aurait évité la déportation de 60 000 juifs,
descendants de ceux expulsés en 1492
par les Rois
catholiques, en s'interposant auprès de Hitler. Ils furent
reconnus comme citoyens espagnols et autorisés à retourner en
Espagne.
Devant les pressions américaines
(les États-Unis
fournissent le pétrole à l'Espagne), les problèmes économiques
soulevés par l'autarcie sur laquelle essaie de s'appuyer le régime et la
résistance victorieuse de la Grande-Bretagne,
Franco reste en retrait et abandonne peu à peu son soutien aux
forces de l'Axe à partir de l'été 1943.
Son meilleur allié est à l'époque Antonio
de Oliveira Salazar, bien que les relations personnelles entre les
deux hommes soient tendues mais le dictateur Salazar
est soutenu par les Britanniques.
Armoiries de l'Espagne
franquiste
À la fin de la
guerre, le régime est très fragile : la situation économique,
laissé par la Guerre est désastreuse. L' autorité de Franco est condamnée
quasi unanimement par la communauté internationale. Cependant, dès
1945, les
britanniques épargnent et soutiennent indirectement le régime franquiste
contre les français qui soutiennent l'isolement de l'Espagne (isolement
approuvé lors de la conférence de Postdam). A partir du discours sur le
rideau de fer, l'Espagne va apparaître vite comme un rempart contre le communisme
aux yeux des anglo-saxons et les rapports se détendent. Le régime
reprend contact avec les Britanniques et les américains via son ambassade
au Portugal et postule à l'OTAN
au début des années 50. Franco autorise les États-Unis
à implanter 4 bases sur le territoire espagnol en septembre 1953
(traité hispano-américain).
Le régime gagne peu
à peu sa légitimité. L'Espagne entre à l'ONU
en 1955 puis
le président américain Dwight
Eisenhower, un des grands vainqueurs de la Seconde guerre mondiale,
vient en Espagne en 1959
et défile triomphalement en voiture décapotable à Madrid
au côté de Franco. Le régime est sauvé.
La loi sur les principes
fondamentaux du Movimiento
Nacional est votée le 17
mai 1958
alors que le régime évolue et quitte définitivement ses oripeaux
fascistes sous l'influence de l'Opus
Dei.
Le régime se libéralise
peu à peu dans les années
1960 sur le plan économique, beaucoup moins sur le plan politique où
le Caudillo règne sans partage.
Les infrastructures (chemins
de fer et réseaux routiers) sont modernisées et un gigantesque système
hydraulique (barrages et irrigation) est construit pour contrer les effets
de la sécheresse. L'agriculture espagnole atteint alors un développement
colossal qui fait trembler (notamment en France) à l'idée que ce
pays puisse entrer dans le Marché
commun. Le taux de croissance atteint alors 8% par an.
Evolution du régime
franquiste
La fin du régime
franquiste
Sépulture du général
Franco
En 1969,
c'est devant les Cortès espagnols que Franco désigne Juan
Carlos pour lui succéder à sa mort, en tant que Roi d'Espagne.
Au début des années
1970, malade, Franco
se résout à nommer un premier ministre pour diriger son
gouvernement. Il choisit son bras droit, l'amiral Luis
Carrero Blanco. Celui-ci est tué dans un attentat des Basques de l'ETA
le 20
décembre 1973
à Madrid.
De plus en plus affecté
par la maladie
de Parkinson qui le ronge depuis 1969,
Franco est victime d'un refroidissement en 1975,
puis d'une hémorragie interne qui entraîne son transfert à l'hôpital
de la Paz. Après une opération le 14
octobre, il est dans le coma. Il sera maintenu en vie artificiellement
afin, selon certains auteurs, de laisser que le prince Juan Carlos accepte
le 30
octobre d'assumer les fonctions de chef de l'État. Malgré sa maladie,
il signe les dernières sentences à la peine de mort de 8
activistes de l'ETA et le FRAP, et autorise le retrait du Sahara
espagnol qui sera ensuite annexé par le Maroc.
La fille du dictateur agonisant persuade les médecins de le laisser
mourir. Il s'éteint le 20
novembre 1975
à 5 h 20 du matin. Le bulletin officiel annonçant le décès
énumère ainsi les causes de la mort :
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« Maladie
de Parkinson, cardiopathie, ulcère digestif aigu et récurrent
avec hémorragies abondantes et répétées, péritonite bactérienne,
insuffisance rénale aiguë, thrombophlébite, broncho-pneumonie, choc
endotoxique et arrêt cardiaque. »
Franco fut inhumé
à la basilique
Sainte-Croix del Valle de los Caìdos Comme il était prévu
depuis longtemps, la monarchie fut rétablie après sa mort en la
personne de Juan
Carlos Ier, petit-fils du dernier roi d'Espagne (Alphonse
XIII).
Postérité franquiste
L'héritage principal de
Franco est le retour de la Monarchie
en Espagne mais aussi indirectement le terrorisme de l'ETA
et la situation du Sahara
Occidental. Trois autres principes imposés par le Caudillo à
son successeur ont été respectés pendant le processus de transition :
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seuls les Cortès
franquistes et le Mouvement
National (parti unique) peuvent décider de leur propre
dissolution, qui fut achevée le 1er avril
1977
-
aucune chasse aux
sorcières contre des militaires ou des membres de l'administration
ne serait effectuée en cas de démocratisation du régime, ce qui n'empêcha
pas la tentative de putsch
du 23
février 1983
et l'épuration de l'Armée qui suivit
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l'unité de l'Espagne
("Una, Grande et libre") doit être maintenue,
ce qui signifie pas d'indépendance pour la Catalogne,
ni pour le Pays
Basque. Pourtant, peu de temps après la création de l'État,
l'établissement des Communautés
autonomes (Autonomias) sera inscrit dans la nouvelle Constitution
de 1978.
Projet de recommandation
de condamnation du régime par le Conseil de l'Europe (2006)
Le 4
novembre 2005,
un projet de Recommandation émanant de la Commission des questions
politiques de l'assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe déclare la Nécessité de condamner le franquisme
au niveau international [1].
Ce projet, qui devrait
être débattu en mars en commission permanente de l'assemblée,
soutient que "la violation des droits
de l’homme n’est pas une affaire interne qui ne concerne
que l'Espagne seule, raison pour laquelle le Conseil de l’Europe
est prêt à engager un débat sérieux sur ce sujet au niveau
international.
En outre, le projet de
rapport recommande au Conseil des Ministres de déclarer le 18
juillet 2006
comme journée officielle pour condamner le régime franquiste.